
Biographie
Evelyne Roman
Je suis artiste plasticienne et graphiste, née à Genève.
Formée aux arts décoratifs à Genève puis au dessin à Florence, je travaille depuis plus de quarante ans dans la création. En parallèle, je développe une pratique artistique libre et instinctive où le geste, la matière et l’expérimentation occupent une place centrale.
Ce jour-là, Evelyne se perd en forêt. Elle séjourne dans une cabane au Salève, montagne qui surplombe de loin Genève, avec son chien, Nova.
Le Berger des Pyrénées s’échappe et part retrouver seul le chemin de la maison.
Evelyne marche à travers les bois. Tout est alors inconnu, la route, les branches, les feuilles, les troncs qui s’offrent au détour de ses pérégrinations.
Tout se transforme. Les fougères, les chênes, les végétaux perdent leurs noms et semblent respirer avec elle.
Tout surprend, au détour d’une écorce, qui manque de la faire trébucher, sur un lit de mousse où ses pieds s’enfoncent moelleusement.
Et survient l’indicible. Tous les êtres du vivant semblent entonner un chant silencieux. C’est presque un murmure, aux significations secrètes.
Et cette promenade éperdue dans les terres mystérieuses de cette forêt suit un tracé intime, un fil invisible. De ceux que l’on trouve au moment où nos pas ne nous mènent plus ailleurs, au moment l’on où s’est suffisamment perdu pour que le tracé se révèle à nous. Après quelques heures de marche, elle tombe sur lui.
Rien ne semblait l’annoncer, et pourtant il est là. Au cœur de la forêt, un arbre majestueux, « Le Fayard ». Alors elle comprend. C’est avec lui qu’elle a rendez-vous. C’est l’appel muet de sa présence absolue au monde qu’elle devait entendre. Il lui a fallu se perdre. Il lui a fallu le trouver. Il lui a fallu répondre à cet élan secret.
Cet épisode n’est en rien anecdotique. Il raconte, peut-être mieux que tout autre, la démarche artistique, l’acte créatif et la façon d’être au monde d’Evelyne.
Oui, il est question ici de se perdre pour trouver.
Oui, il est question ici de lien au mystère, celui auquel on confie ses pas, ses approches. Celui qui ne se révèle qu’au détour, dans l’absence de chemin. Celui que l’on cherche lorsque l’on n’a pas froid au yeux, lorsque les terres inconnues nous attirent.
Les pas peuvent mener à ces lisières soudaines, que l’on ne peut apercevoir, mais que l’on pressent peut-être. Au milieu, une forme floue que le geste capte soudain, au-delà du choix, au-delà de la conscience, au-delà de soi. Puis la forme devient plus nette. Elle prend vie au bout des pinceaux de l’artiste.
Et l’accès à ces lisières se fait par petites bribes déposées au vent. Il faut chercher, il faut emporter avec soi le souffle de l’inconnu pour lui permettre de nous mener jusque-là.
Evelyne se met en chemin. Elle cherche, sinue, accepte de s’égarer, puis trouve. Et ce qui émerge prend bien des visages. L’inconnu, le non figuratif, mais aussi les reflets de créatures qui prennent vie : des robots terriblement humains, vivants et expressifs, au regard parfois perdu dans le vague, des fougères aux contours sinueux, qui dessinent des courbes et des replis, des géographies vivantes, des chaussures-témoins de la vie de famille, des arbres qui semblent en mouvement… et du texte, qu’il soit fait de mots ou de tracés. Qu’il soit en langage directement intelligible, ou en geste artistique immédiat.
Le tout avec une approche qui cherche le brut, l’authentique. Et l’inconnu encore, l’inconnu toujours.